LES grabataires de la ville-préfecture du Var eussent aimé que cette question ne se posât pas. C’est Matignon qui leva le lièvre : « la règle du non-cumul entre un mandat local et la fonction de ministre "ne souffre d’aucune exception" et les ministres concernés ont "un délai de quelques semaines" pour s’y conformer » (AFP, 20 avril).
Question : combien valent quelques semaines en comptabilité ministérielle ?
« On se pliera à ce que Matignon veut. Ma préoccupation première, c’est cependant la préparation de l’été, après il sera temps de prendre la décision que Matignon souhaite », dit le ministre délégué aux vieux gréements (Reuters, 20 avril). L’été ne devant pas commencer avant le 21 juin, il semblerait que quelques semaines puissent donc se compter en quelques mois. Et puis, fin juin, la nouvelle débâcle de l’UMP (aux Européennes cette fois-ci) aura sans doute été consommée. Chirac pourra débrancher la perfusion de Raffarin, renvoyant ainsi les ministres à leurs mandats locaux. Fin des problèmes existentiels.
Hubert avait pu bénéficier d’un traitement de faveur à la constitution de Raffarin II pour services rendus à la République : en devenant maire de Toulon en 2001, il avait refermé la parenthèse extrémiste ouverte par le frontiste Jean-Marie Le Chevallier six ans plus tôt. Mais cela ne pouvait durer éternellement. « A partir du moment où il acceptait de participer au nouveau gouvernement, il était clair qu’il devrait renoncer à son mandat », selon Matignon (Le Monde, 24 avril).
Huberman insiste sur les particularités de sa ville : « tout le monde connaît la situation toulonnaise où l’extrême droite demeure très forte. A l’heure d’une Bérézina nationale, je viens ici de reprendre deux cantons, dont un au Front national. Il faudra donc prendre en compte les spécificités d’une ville difficile reconquise sur le FN » (Reuters, 20 avril). Voilà de chouettes propos qu’il convient de nuancer. Quand le maire dit qu’il vient de reprendre deux cantons, il laisse penser qu’il a fait ça tout seul. Ce qui n’est pas très sympa pour ses adjoints Cavanna et Di Giorgio, les vrais nouveaux élus. Une manière de signifier sa position de petit père du peuple UMP local. Il brandit aussi le spectre brun en se vantant d’avoir repris un canton au FN. Ce n’est pas tout à fait exact. Le FN a depuis longtemps déserté le Conseil général du Var, voire la mairie de Toulon, et Falco n’a pas franchement eu de problème pour s’emparer d’un Hôtel de ville qui avait implosé à l’époque de la "traîtrise" de Mégret, bien avant 2001. Les élus extrémistes s’étaient alors éparpillés entre FN et MNR, voire d’autres étiquettes improvisées (à droite), comme Dominique Michel, ex-adjoint de Le Chevallier, et titulaire du canton du centre-ville jusqu’à la tranquille victoire de Robert Cavanna face à une gauche en ordre dispersé.
Ministre délégué aux personnes âgées, maire de Toulon, Président de l’agglomération Toulon Provence Méditerranée.
Le sacerdoce d’Hubert Falco confère à ses prises de parole une solennité dénuée de toute sorte d’emphase : « J’ai une mission, faire prendre en considération la révolution sociale du vieillissement. J’irai au bout. Ensuite, je prendrai une décision dans l’intérêt général. Je la prendrai seul. Ce matin, un adolescent m’a demandé si j’allais partir et a dit qu’il ne le souhaitait pas. Le jour où je prendrai cette décision, en mon âme et conscience, je le ferai en pensant à ce qu’il a dit » [1]. En langage de tous les jours, cela signifie que cette histoire de démission, ça lui en secoue une sans remuer l’autre.
Anecdote : son pote Horace Lanfranchi qui lui avait succédé à la tête de la collectivité départementale en 2002 [2], lui a remis en avril le titre de "président honoraire du Conseil général du Var". N’oublions pas qu’Hubert est resté représentant du canton de Besse sur Issole jusqu’en mars dernier.
Un mandat honoraire. En voilà au moins un que là-haut, ils ne pourront pas lui prendre.