« ..."La Rotonde" est présentée aujourd’hui par certains plumitifs, désireux de "touiller" les émotions dans un but non avouable, comme le bâtiment qui abritait la "direction" des chantiers. En tentant de faire verser quelques larmes sur un bâtiment "patronal" ( !) Archi-faux ! [...] Tout journaliste qui se respecte peut en effet témoigner que les "informations décisives" s’obtenaient, non dans cette Rotonde où la direction était quasiment en otage et avalisait les choix qu’on lui imposait par la force, mais auprès "du" syndicat dominant de l’époque, tenue avec une main de fer par une poignée de communistes staliniens... » Signé D.E.
Métropole, mensuel de l’agglomération toulonnaise sans être officiellement celui de TPM, remet les pendules à l’heure quant aux idées reçues concernant la Rotonde, bâtiment symbolisant les ex-chantiers navals que le maire actuel a jugé bon de démolir avant l’été faute de lui trouver une "fonction" dans le paysage seynois.
Le journal s’applique à démonter le souvenir des chantiers et ceux qui l’ont défendu par la même occasion. Pour ce faire, le gratte-papier de service s’arme évidemment d’arguments indémontables. Il oppose d’abord les « plumitifs » - à savoir les journalistes locaux qui ont émis quelques réserves quant à la démolition de la Rotonde pour des raisons à la fois patrimoniales, symboliques et fonctionnelles - au club des « journalistes qui se respectent », dans lequel l’illustre signataire de l’article s’inscrit bien évidemment. Un « journaliste qui se respecte », c’est sans doute quelqu’un qui donne du sens à l’Histoire. La presse locale a parlé de destruction de la mémoire ouvrière ? Ce n’est que chichi pour faire pleurer dans les chaumières. La vérité, c’est le journaliste-qui-se-respecte de Métropole qui la détient : la Rotonde est un « symbole des erreurs » et Arthur Paecht a bien raison de faire table rase du passé industriel de la ville, parce qu’un hôtel à la place, c’est quand même mieux que le « fruit d’un extrémisme dépassé ».
Et surtout, ça laisse la place aux spéculations immobilières. Mais pour démontrer que le futur hôtel de luxe est un passage incontournable pour le renouveau de la ville, il faut d’abord tordre le cou à la Rotonde, ce méchant symbole de bastion rouge. Il faut savoir donc, comme le rapporte le journaliste-qui-se-respecte, que la Rotonde « n’abritait qu’un ersatz de direction », laquelle était d’ailleurs « quasiment » (osons la nuance) prise « en otage et avalisait les choix qu’on lui imposait par la force ». Le "on", c’est bien sûr la CGT, organisation terroriste des chantiers. Et ce n’est pas tout. Ce syndicat était lui-même tenu « avec une main de fer par une poignée de communistes staliniens », lesquels se sont d’ailleurs servis des chantiers pour créer, nous l’apprenons un peu plus loin dans l’article, « trois cents emplois fictifs » au sein de l’entreprise. L’enquête menée par le journaliste-qui-se-respecte va jusqu’à citer le témoignage d’un gars des RG daté des années 80 pour vaguement appuyer ce chiffre. Ca ne mange pas de pain et ça crédibilise le texte. Dans le recensement des trois cents branleurs, le journaliste-qui-se-respecte inscrit-il les détachés syndicaux ?
Au final, la Rotonde, pour un journal de la cravate bleue, c’est un amas de brique abritant un pseudo-patronat séquestré par une bande de cocos déchaînés qui trempent dans des affaires un peu douteuses. Et l’hôtel qui la remplacera, c’est « une nouvelle ère » qui s’ouvre pour La Seyne. D’ailleurs c’est le projet de Paecht donc ça ne peut pas être autrement. Et en plus, on apprend que l’architecte « a un talent reconnu » et qu’il a obtenu le prix de Rome [2].
Que plus de 10000 personnes aient travaillé au sein des anciens chantiers (combien emploiera l’hôtel ? 20 ? 30 personnes ?), qu’ils aient donné à bouffer au Var pendant deux siècles, ça ne fait pas partie de l’Histoire à la sauce Métropole. Que des centaines de personnes se soient battues pour sauver leur entreprise et la construction navale en général, Métropole s’en tamponne. Ce qui intéresse Métropole, c’est de continuer à servir la soupe au MEDEF et aux élus de l’UMP sans lesquels ce journal que personne n’achète ne pourrait vivre. C’est ce qu’on appelle le journalisme qui se respecte.
[1] n°77, septembre / octobre 2004.
[2] NDLR : tout comme celui qui a conçu la frontale du port toulonnais. Ca laisse rêveur !