L’eau est précieuse : ne gaspillez pas les bénéfices de la Générale ! Voilà un en-tête accrocheur, peut-être plus approprié que celui proposé par VAR matin dans son édition du 14 juillet 2004. Comme chaque jour, notre quotidien se fait l’écho des réflexions municipales, complétées à l’occasion par celles de cette bonne vieille Compagnie Générale des Eaux, amie de longue date. On nous apprend ici à devenir des citoyens responsables, attentifs à la bonne utilisation du liquide indispensable à la vie.

Différents conseils sont donnés en termes d’arrosage, de chasses d’eaux qui fuient et de douches qu’il faut prendre à la place des bains... La culpabilisation du consommateur est une technique éprouvée. Modifiez vos pratiques quotidiennes, consommez différemment, mais n’oubliez pas l’addition !
La ville montre l’exemple avec son programme de plantations. Combien de litres sont-ils nécessaires à l’entretien des pelouses et autres espaces verts non adaptés à notre climat ? Est-ce que quand on arrose le bitume, il pousse ? Est-il impératif de mouiller les plates-bandes juste après la pluie ?
Autre témoignage (non exhaustif) de l’utilisation raisonnée, par l’administration, des robinets : un important effort est fait en terme d’humidification des terrains de foot dits stabilisés. L’année dernière, au moment où la sécheresse était la plus intense, certains stades en terre étaient quotidiennement arrosés.
Mais revenons aux questions essentielles : quelles sont nos ressources ? Comment sont-elles gérées ? Quelle est la qualité de l’eau ?
Le rapport annuel (2002) sur la distribution de l’eau dresse un portrait aseptisé de la situation. Il fait le point sur les pertes liées aux fuites du réseau, sur le faible nombre de kilomètres de conduites renouvelées et quelques sujets connexes comme le traitement des canalisations, sachant que la distribution par tuyaux de plomb reste toujours d’actualité.
Arrêtons nous un moment sur l’aspect contractuel qui unit la Générale, la ville et le Canal : des négociations qui n’ont jamais favorisé le contribuable.
Les municipalités Trucy et Le Chevallier ont abandonné l’exploitation et la distribution de l’eau à la Générale et ses filiales [1].
La Société du Canal de Provence (SCP), organisation publique à statut particulier, est qualifiée par certains d’« Etat dans l’Etat ». C’est Michel (Vauzelle), président de Région, qui émarge tout en haut de l’organigramme. Hubert (Falco) lui avait chauffé le fauteuil il y a quelques années. Les contribuables ont financé la construction du canal d’irrigation entre le Verdon, le département et Toulon. Ils ont aussi payé les déficits chroniques de la société. La ville a souscrit avec la SCP un contrat dit « de secours » pour subvenir aux besoins en cas de pénurie. Son prix exorbitant est lié à la nature même de la fourniture. S’il avait été choisi un contrat permanent d’alimentation, les tarifs auraient été différents.
Il est important de comprendre que le canal est susceptible d’alimenter la ville de manière permanente.
André-Jean Tardy, ancien directeur du service municipal des Eaux de Toulon, donne de croustillants détails sur la gestion toulonnaise dans sa série d’ouvrages baptisée de Telo à Amphitria [2]. De très intéressantes remarques de la Cour régionale des comptes sont citées. En clair, les toulonnais ont payé tous les ouvrages d’Art, barrages, canaux et stations, et ils continueront de le faire sans bénéficier des services proposés à des conditions économiques favorables !
Mais le canal de Provence « est un réseau qui coûte cher », comme dit l’article de Var matin, alors Toulon et la Générale cherchent d’autres solutions pour demain : faut-il créer de nouveaux captages ?
L’adjoint Yannick Chenevard annonce que la Ville a formulé une demande pour trouver d’autres sources. « Nous en sommes au stade des études ».
Il faut se souvenir que la ville de Toulon a longtemps souffert d’importantes coupures d’eau, notamment à la fin des années 60. Ainsi la tragique année 1968, quand une conduite partant de Quinson fut installée à la hâte pour alimenter Carcès. Le jour où l’ouvrage fut enfin opérationnel une pluie abondante tombait et le lac se remplissait... Elle ne servit donc à rien et on l’abandonna. Coût de l’opération : plusieurs millions de francs.
L’alimentation théorique et la sécurité en volume sont assurées depuis 1976 (année du branchement au canal).
Ce sont les barrages de Carcès, de Dardennes et la source Saint-Antoine qui normalement subviennent aux besoins de Toulon ville. Et pas seulement : la préfecture du Var vend de l’eau à d’autres communes (la Seyne, par exemple).
Enfin, répétons-le, bien que le recours au canal ne soit en théorie pas nécessaire, il reste disponible à toute demande comme le préconise le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux), dispositif d’Etat qui impose l’utilisation des structures existantes. Le Var est-il exempt de ces recommandations ? Le contribuable va-t-il être une nouvelle fois sollicité pour financer forages et captages divers ?

« Les études » dont parle Chenevard concernent en fait le pompage des eaux dans les mines de Mazaugues : il s’agit de réinjecter l’eau dans le Carami pour rejoindre le lac de Carcès. Espérons que certaines considérations figurent au dossier : les friches industrielles de Mazaugues sont-elles dépolluées ? L’Issole et le Carami garantissent-ils une production de qualité acceptable ? Certaines rumeurs avancent que des pesticides répandus sur les vignobles et autres cultures en amont auraient tendance à rejoindre ces cours d’eau... Et les stations de traitement des eaux usées situées plus haut, sont-elles conformes ?
Ne jetons pas la pierre à nos actuels élus. Ils héritent en quelque sorte d’un diktat : la CGE règne en maître depuis plus de 100 ans. À Huberman de résoudre le problème. Notamment s’il veut alimenter les climatiseurs des vieux gréements dont il a (encore) la charge... Ou tout simplement réinventer l’eau chaude.
Préserver l’environnement, c’est protéger l’homme qui s’épanouit dans son milieu naturel. La qualité de l’environnement passe par une vigilance permanente quant au bon état de l’eau. Telle est l’ambition du contrat de baie signé en grande pompe en 2002. La mise au point de ce « plan d’action en faveur des milieux aquatiques », engagement politique croix de bois croix de fer allons sauver les p’tits poissons, ne semble à ce jour qu’une vaste opération de communication sans résultat tangible. Quid de l’application de la législation sur les pompages publics et privés ? Quid de la restitution a minima des débits pour la survie du biotope ? Où en est-on à Carcès et au Revest par exemple ? Les services publics ne semblent pas intéressés par ces questions. Laxisme permanent ?
La constitution française est en cours de révision : le développement durable devient un des fondements de notre république. Aujourd’hui comme hier, à ce sujet comme à beaucoup d’autres, Toulon pointe à l’avant garde.

[1] la Compagnie des Eaux et de l’Ozone (CEO) gère les ouvrages de production d’eau en gros et le traitement depuis plus de 50 ans. La municipalité Trucy (droite) a cédé le service municipal des eaux (affermage, distribution aux abonnés et gestion) à la fin des années 80 ; Le Chevallier (FN) a renouvelé la concession en 95, alors que nombre de cadres de la CGE craignaient la non-reconduction du contrat.
[2] Editions de la Nerthe, 4 tomes.