LA circonscription du Var compte encore 3 sénateurs : André Geoffroy (maire de Sollies-ville), René-Georges Laurin (ex-maire de Saint-Raphaël) et François Trucy (ex-maire de Toulon). Des notables de droite élus et réélus depuis 1986, sauf Geoffroy qui a succédé à Falco en 2002 après la nomination de celui-ci au poste de secrétaire d’Etat.
Poussée démographique oblige, le département disposera désormais de 4 sièges et l’élection se tiendra au scrutin proportionnel "suivant la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel". Rappelons que seuls les "grands électeurs" [2] sont appelés à voter.
L’UMP compose sa liste. N’y figurent ni le retraité Laurin, ni la brebis galeuse Trucy, exclus de toutes les surprises-parties de la droite depuis qu’il a perdu la mairie de Toulon au profit du FN en 1995. Christiane Hummel (maire de la Valette) est dans les starting-blocks. On prévoit aussi le grand retour de Falco au Palais du Luxembourg après ses aventures gouvernementales. Restent deux places à pourvoir sur lesquelles postulent entre autres Elie Brun (maire de Fréjus) et Max Piselli (maire de Draguignan).
François Trucy ne laissera pas les jeunes arrivistes de l’UMP - certains ont en effet moins de soixante-dix ans - lui piquer la place sans combattre.
Il faut dire que l’enjeu a de quoi aiguiser les appétits : émoluments à la mesure de l’engagement [3], première classe en TGV, discours de Christian Poncelet pour favoriser la sieste et le transit intestinal. Trucy devrait donc conduire sa propre liste "pur jus UMP" concurrente de la liste pur jus UMP de Falco.
Remarque : à gauche, c’est le socialiste Pierre-Yves Collombat (conseiller général de Callas) qui mènera la danse.
Et puis, des dissidences en mairie toulonnaise. Vu de l’extérieur, rien ne semble pouvoir ralentir l’infatigable machine municipale. Sur le tableau de bord sont inscrits en lettres d’or les mots travail et volonté. Les mécanos serrent les boulons dans une belle unité, maintiennent les niveaux d’huile, lustrent les chromes tandis qu’Huberman tient la barre et scrute l’horizon. Voilà pour le décorum.

Mais Philippe Sans, premier adjoint en conflit avec le maire, erre depuis longtemps dans les travées tel un fantôme, à singer Anna Karina dans Pierrot le fou : « Qu’est-ce que j’peux faire ? Chais pas quoi faire ! » Et malgré le soutien de quelques lieutenants dévoués qui colmatent les brèches, la colère gronde dans l’équipage. Il y a ceux qui considèrent que finalement, le boulot de conseiller est bien trop exigeant. A l’inverse, d’autres boudent par ce qu’on ne les reconnaît pas à leur juste valeur.
En 2001 la gamelle se trouvait à l’UMP. Après les dernières élections, on lorgne avec un intérêt renouvelé du côté de l’UDF, largement sous-représentée au sein de l’assemblée municipale. Seule l’adjointe Ghislaine "poï poï" Ruvira émarge - pour la galerie - au parti de Bayrou.
Le président de l’Université del Sud Bruno Ravaz s’apprêterait justement à faire main basse sur la fédération varoise de l’UDF, avec la bénédiction du secrétaire national et député des Alpes-maritimes Rudy Salles, et au détriment de la présidente actuelle Muriel Bovis. Elle aura tenté, sans succès avéré, de débarrasser son parti des fringants survivants de l’époque Arreckx/Trucy qui continuent de se présenter aux élections aque la chemise ouverte sur la chaîne en or et les poils.
Ravaz voudrait s’imposer comme alternative centriste à Falco. Il aurait évoqué le nom de Philippe Unia pour le seconder. On les a vus bras dessus bras dessous à l’occasion d’une réunion où le nouvel élu du Conseil régional présentait sa stratégie de conquête. Philippe Unia : un conseiller municipal de Toulon parmi d’autres qui se découvre une vocation centriste... Tout comme Antoinette Lanfranchi, parente du président du Conseil général, et Frédéric Seillier, ex-boxeur que Falco avait mis sur sa liste en 2001 pour prouver qu’il aime bien les sportifs.
Le maire, ayant sans doute eu vent de ces mouvements de troupes, a tapé du poing sur la table : « ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi ». Arrivera-t-il à juguler la fronde ? Le docteur Philippe Unia est prêt à tout pour réussir. Adhérer à l’UDF. S’inscrire à Politics academy. On l’a même aperçu dans les rues de Cuers à la recherche d’une ouverture. Candidat centriste contre le maire communiste Guigou, voilà un vrai job pour l’épanouissement d’un vrai pro.
[1] 1er juillet 2004.
[2] Députés, conseillers généraux et régionaux, conseillers territoriaux et délégués des conseils municipaux.
[3] 5231,62 euros d’indemnité brute, plus 156,95 euros d’indemnité "de résidence", plus 1347,14 euros d’indemnité "de fonction" (au premier janvier 2004). Seuls les contemplatifs peuvent supporter de roupiller aussi longtemps sous les lambris dorés du Palais. Les hommes d’action s’emmerdent grave. On comprend qu’ils perçoivent quelques menues compensations.