ON commence à en avoir l’habitude : quand le résultat confirme les prévisions des instituts, il conforte naturellement les sondeurs dans leur position d’analystes-experts de la société française. Mais quand le résultat n’est pas celui attendu, l’omniprésence des experts n’est pas remise en cause : « vous voyez bien que les Français ne se laissent pas impressionner par les sondages ! Preuve est faite que les instituts ne pervertissent en rien l’expression démocratique et que nos spécialistes peuvent bien continuer de se produire à la télévision ».
La statistique sondagière est une science molle. Ce n’est pas un gros mot, cela signifie simplement que le traitement des résultats qu’elle dispense impose une vigilance et une rigueur toutes particulières qui s’accommodent fort peu de communiqués de presse quotidiens. Bien qu’ils soutiennent le contraire, cette exigence est parfaitement étrangère aux dirigeants des instituts.
Aussitôt les relevés compilés, Stéphane Rozès et Roland Cayrol (CSA) hèlent un taxi et filent à la Maison de la radio pour commenter "avec prudence" les résultats. Sur France Inter, les portes du 7/9-30, du Téléphone sonne ou du Franc parler leur sont toujours — pour ne pas dire de plus en plus — ouvertes. Quand ils ont fini, ils vont dispenser leur science sur une autre antenne.
Concernant le deuxième tour de ces législatives, la justification du plantage est la suivante : c’est la faute à la TVA sociale. Si Borloo ne l’avait pas évoquée au soir du premier tour comme source possible de nouveau financement public, le tsunami annoncé aurait bien eu lieu. Quel dommage ! Si ma tante en avait...
On dirait que personne, au sein des rédactions, n’a même plus l’idée de s’interroger sur la pertinence de la prospective, sur l’intérêt qu’il y a d’annoncer la vague bleue, la déferlante, le tsunami.
Et l’observateur finit toujours par se poser la même question : est-ce de l’information ?
Pour mieux vous permettre d’apprécier les "baromètres", leurs fourchettes savantes et l’exploitation gourmande qu’en font les médias, voici les résultats définitifs rapportés par le Ministère de l’Intérieur :
Droite : 345 députés dont 313 UMP ;
Gauche : 227 députés dont 186 PS.


Plus on se rapproche du scrutin, plus les prévisions sont fiables. D’autant que le débat sur la TVA sociale est entamé depuis quelques jours et déjà largement exploité par la gauche. Autre thème fécond : la défense du pluralisme politique dans l’hémicycle. Ne doutons pas que les sondeurs tiennent compte de tout cela dans les prévisions qu’ils publient quotidiennement :

