Toulon  Var agglomération Qualité France Média Economie Culture Justice et injustices Cuverville sans frontière 8. Cuverweb pratique
Maison fondée à Toulon en 1995

LETTRE D'INFORMATION | CONTACT

Une petite kermesse au succès mitigé

mardi 24 juillet 2007
par Gilles Suchey
"Tall ships’ races" : quel gâchis ! Pas même un petit vieux déshydraté à l’arrière d’une voiture en plein cagnard. Peu d’embouteillage, pas de casse, des milliers de têtes à claques satisfaites de leur sort. Les boules.

À l’heure où nous mettons sous presse, le seul incident notable implique la crise d’appendicite dont un marin du Mir, navire soviétique de classe A, aurait été victime. Voilà bien les communistes : laissez leur les coudées franches et ils se jetteront sur les ressources du Monde Libre, en l’occurrence notre système de santé dont la réputation n’est plus à faire. Nous pouvons nous estimer heureux que cet opportuniste n’ait pas — en plus — demandé l’asile politique.

Bon allez d’accord : au delà du chiffrage officiel forcément dithyrambique et malgré les présages d’obscurs Cassandre, ce fut une fête impressionnante. Pendant trois jours, un rassemblement populaire comme aucun Toulonnais d’âge moyen n’en a jamais connu. Des grands voiliers sous lesquels s’agglutinaient des dizaines de milliers de personnes en attendant de grimper à bord, mais pas seulement : de nombreuses animations étaient prévues pour faire patienter les gens et agrémenter l’ordinaire des gamins du centre ville.

À la représentation des voiliers s’ajoutaient les "rencontres internationales du folklore", avec parade et danses de groupes ethniques plus ou moins colorés, très applaudis quand il ont parcouru la rue d’Alger (heureusement, la normalité reprend rapidement ses droits : mardi matin, on apprend dans la presse locale qu’une « interpellation musclée dans les rues de Toulon » a permis de mettre un terme aux « agissements d’un ressortissant tunisien » en situation irrégulière. Car on veut bien applaudir le basané de souche, à condition qu’il ait une plume dans le cul et qu’il tape sur un tambourin).

Et puis le bagad de Lann-Bihoué, et puis les artistes de rue. L’élégance d’un jazz désuet joué sur piano roulant, des champignons percussionnistes, l’improvisation de trois pirates en bateau à pieds, ce sont 70 poètes qui assouplissent la discipline militaire du Barnum en instillant une douce folie dans les rues de la ville. Les clowns du Tony Clifton Circus ne sont pas dupes, attraction parmi d’autres dans un grand parc du même nom comme ils se présentent au début de leur prestation sur le square Germain Nouveau. Un peu plus tard, ils ceintureront une poupée Barbie de pétards, mettront le feu aux mèches, découperont les longues jambes à coups de hachoir et satelliseront enfin ce qui reste — une tête carbonisée — avec une fusée de feu d’artifice. « Tu veux devenir une étoile, Barbie ? Nous allons exaucer ton voeu ». Bon esprit. Merci au Pôle Jeune Public de la maison des Comoni (il paraît qu’on a quand même demandé aux Tony Clifton Circus de tempérer leur ardeur de bad boys parce que, quand même, Toulon).

En face, ou plutôt sur les côtés, des petits commerçants qui manquaient forcément d’imagination. La Ville les avait sollicités pour qu’ils ouvrent non stop pendant trois jours entre 10 et 21 heures, dimanche compris. Ils furent nombreux à jouer le jeu, anarchisant un peu les horaires et abusant de la thématique marine. Forcément. De la bouteille de rosé étiquetée cuvée Tall ships’ races aux petites robes made in China vendues en soldes la veille et soudain requalifiées en modèles Tall ships’ races special edition, en passant par tout le reste et la tentation du n’importe quoi. Les 25cl de pression à 3,8€, les kebabs de la frontale qui prennent un euro en deux jours. À la fin, certains commerçants boudaient de n’avoir pas vu leur chiffre d’affaire exploser, mais certainement pas les restaurateurs qui se sont vraiment goinfrés. Forcément.

Laboratoire

Succès public et organisation maîtrisée. On peut donc venir et s’arrêter à Toulon. Rappelons que les pouvoirs publics sont obnubilés depuis des années, et pas forcément pour de mauvaises raisons, par la traversée de la ville. De plus, la Tall ship établit une jurisprudence : à Toulon, la voiture n’est pas une fatalité.

C’est vrai, nous n’y croyions absolument pas (enfin, lui surtout. Moi, tu penses bien, j’ai toujours su que tout allait très bien se passer) : on a pourtant fort bien circulé aux abords de la ville et en son centre lors de la manifestation, malgré l’affluence (des piétons) et la fermeture de l’avenue de la République. On dira que tout ceci n’était envisageable qu’à l’occasion d’un week-end estival, quand le soleil brille et que l’activité économique tourne au ralenti. Mais quand même. Les parkings de délestage, ça soulage. Les transports en commun, ça roule, à condition de leur octroyer la place qu’ils méritent : la première. Il doit bien y avoir quelque enseignement à tirer de l’expérience pour la suite et pas seulement après la réalisation du tramway. Puisse Falco un peu moins renâcler à la fermeture partielle du boulevard de Strasbourg dont il aimerait tant laisser la responsabilité à ses successeurs. Les Toulonnais sont capables de remiser la voiture au garage, à condition qu’on les informe et qu’on leur propose de vraies solutions de remplacement.

Lundi, déjà, touristes et citadins reprenaient leurs habitudes. Pare-chocs contre pare-chocs dans les rues du Mourillon à dix heures du soir pour accéder aux plages et voir le feu d’artifice. Mardi matin : bouchons et parking sauvage au Pradet pour admirer le passage des grands voiliers filant vers Brégançon. Ce n’est pas grave. Depuis le 20 juillet, tout le monde sait que les embouteillages de l’agglo ne sont pour l’essentiel qu’une option politique.

Imprimer Imprimer

Répondre à ce message

  • Une petite kermesse au succès mitigé 25 juillet 2007, par somma (9 réponses)
  • Tout ça pour ça ! 25 juillet 2007
<span style='text-transform: uppercase;'>Editos</span>
Dans la même rubrique
Un peu gauche, un peu maladroit
(19/03/2008) (5 messages)
Lettre ouverte des Amis de La Pérouse au Président du Rugby Club Toulonnais
(21/01/2008) (7 messages)
Nicolas taille patron
(15/12/2007) (1 message)
Le nouveau dictionnaire de la Réforme
(14/10/2007) (2 messages)
Les donneurs de leçon
(01/09/2007) (5 messages)
Le dépouillement
(09/05/2007) (2 messages)
Sans voix
(14/04/2007)
À faire pâlir les putains de la rade
(13/03/2007) (9 messages)
Les bons pères de famille
(29/01/2007) (4 messages)
En Avent la musique !
(03/12/2006)