ENTRETIEN réalisé par
Montag dans le cadre des onzièmes rencontres de la bande dessinée
de Bastia, le 3 avril 2004.
Comment un adulte peut-il avoir envie de dessiner pour les enfants ?
Peut-être parce que ce n’est pas tout à fait un adulte fini. Je pense que j’ai encore un pied dans l’enfance et je crois que c’est ce qui me donne envie de continuer encore pendant un moment à rester dans cet état-là.
Pourquoi de la BD et non pas de l’illustration ?
L’illustration et la BD sont deux choses différentes : l’illustration concerne un dessin qui est censé représenter un chapitre, un texte ; il y a une illustration, ou quelques-unes. Alors qu’une bande dessinée ce sont des cases qui composent une histoire. Ca rejoint un petit peu le côté animation, cinéma. C’est peut-être ce côté-là que je recherche.
Un aspect cinématique ?
Oui voilà, un aspect cinématique. A vrai dire je ne me suis pas posée la question ; mais je fais les deux de toute façon. J’aime travailler aussi bien l’illustration que la BD.
Votre série Drôle d’Ange Gardien traite de l’abandon, de l’adoption, de l’amitié. C’est une série dans laquelle vos personnages principaux évoluent psychologiquement de tome en tome. Jusqu’où comptez-vous les faire évoluer ?
C’est une question qu’il faudrait poser à Filippi, puisqu’il est le scénariste de la série [1]. Je ne sais pas où tout cela va nous mener. On essaie en tous cas à chaque fois d’aborder un thème lié à l’enfance, qui peut être délicat, comme le deuil ou la mort, un peu pour aider les parents à en parler à leurs enfants. Certaines grandes personnes n’arrivent pas à mettre des mots sur ces choses-là. On a peut-être envie quelque part de les aider, envie que les enfants posent les bonnes questions à leurs parents et que leurs parents arrêtent d’avoir peur d’y répondre.

Les couleurs que vous utilisez dans votre série phare sont très lumineuses. Quelles sont vos techniques de mise en couleurs ?
J’utilise pour l’Ange Gardien l’aquarelle : c’est de la peinture à l’eau diluée. J’ai une palette, un certain nombre de couleurs que j’essaie de mélanger entre elles mais ça reste toujours dans les mêmes gammes. Ce sont les gammes qui correspondent le mieux à cet univers.
Le 11ème Jour [2] marque une rupture dans votre œuvre. Pensez-vous continuer dans cette veine autobiographique ? Peut-on parler d’autofiction pour ce volume ?
Je pense que le 11ème jour est une expérience de plus : c’est la première fois que je réalisais une BD toute seule, c’est la première fois que je réalisais une BD pour adultes, c’est la première fois que je travaillais cette BD sur ordinateur. Elle est autobiographique puisque je parle de mon expérience, de mon vécu au moment des attentats du 11 septembre. Mais je ne pense pas que je continuerai dans l’autobiographie ; l’idée de m’enfermer dans l’autobiographie me fait très peur. C’est une parenthèse. Il y en aura d’autres, qui seront très différentes à chaque fois.
Quant à l’autofiction, oui il y a une part d’autofiction dans cette BD, je crois que je n’aurais pas pu la faire autrement. Elle reste très proche de la réalité, même si parfois cela rejoint la fiction.
Quels sont vos projets ?
On travaille sur le tome 6 d’Un Drôle d’Ange Gardien qui doit s’appeler Le démon chinois, sortie prévue septembre 2004. J’ai un projet que j’aimerais vraiment voir aboutir, à mi-chemin entre l’illustration et la BD. Je travaille avec un écrivain, auteur bordelais qui s’appelle Claude Bourgeyx. Et j’espère que cela sortira parce que c’est vraiment le livre que j’ai envie de faire en ce moment. Il s’agit d’un texte de Claude Bourgeyx, je préfère parler de texte plutôt que de scénario : on est vraiment à mi-chemin entre illustration et BD. Il n’y a pas de scénario, c’est un texte qui va être illustré par des cases. Il y aura une ou deux cases par page avec juste un texte au-dessus de chacune.
Cela se rapproche de ce qu’on appelle le roman graphique.
Oui, c’est ça.